Le retour en France

Comme nous avions déjà mis 9 mois pour nous rendre du Mans à Istanbul, nous avons optés pour une solution de retour plus planante et bien moins fatigante.

Mi-mai, nous atterissons dans la campagne de Mulhouse (le vol Istanbul/Mulhouse via easy jet ne coute pas plus de 25 euros, en s’y prenant 2 mois à l’avance, mais nous ne sommes pas si fiers d’avoir participé à l’émission de CO2 ni d’avoir succombé à la facilité), nous pédalons jusqu’à Mulhouse, où Romain, un inconnu, attend que nous lui livrions les loukoums et le thé que notre hote d’Amasya lui fait parvenir par notre biais. Romain est bien sympathique, et pédale de son boulot pour nous réceptionner à l’autre bout de la ville, nous déjeunons, agréablement dans une pause matinale qu’il s’est attribué bien qu’overbooké et nous laisse récupérer de cette nuit blanche dans son lit, pendant que lui, fourmi, rempli sa besogne…

Les gens sont plutot souriants sous le lever de soleil alsacien lumineux et si propre. A la recherche d’une camionnette pour Sélestat, nous nous retrouvon malencontreusement sur une bretelle d’autoroute. Aie ! aie ! aie ! il nous faut sortir dare dare d’ici pour ne pas y trépasser. On rejoint une départementale, un brin isolée. 20 minutes plus tard, enfin, quelquun s’arrete, un étranger prêt à nous conduire sur sa route, quand Yannick me fait des grands signes, à proximité d’un fourgon de flicailles. Ils l’ont entre-temps drolement impréssioné par des questions inquisitrices  »C’est bien vous qui étiez sur l’autoroute une demie-heure avant n’est-ce pas ? », »Dites-nous votre trajet pour arriver ici ? », « Donnez nous votre carte d’identité Monsieur ? » (à l’écrit, on les croirait trés convenables et polis, mais à l’oral, imaginez ces phrases dites avec une certaine hargne visant à déstabiliser l’interlocuteur). L’interlocuteur est bel et bien déstabilisé et avoue tout en bloc -bien qu’il n’ait pas été pris sur le fait et que le délateur ait sans doute fait faute, en téléphonant au volant de son véhicule. « Allez  ! rangez-vous là-bas qu’on vous verbalise ». « Bon, on est gentil, on ne vous met qu’un PV chacun, mais sachez qu’on aurait pu vous en mettre 4″. Bonjour le retour en France ! On paie 22 euros chacun par diplomatie. Yannick raconte calmement notre histoire de voyage au long court et de retour en France au gendarme pour lui permettre de dévoiler son humanité -ils se font probablement agresser toute la journée et préfèrent commencer par le mode agressif toute conversation, mais bon, nous on n’est pas d’accord, en Turquie, pour un tel comportement dominant, ils auraient été couverts de honte, il ferait bien d’en prendre conscience, qu’il est impossible de vivre avec de tels rapports inhumains. Nous sommes des bleus qui manquons de répartie et d’argumentation face à ses fauves. On les quitte sans les remercier mais en leur souhaitant tout de meme une bonne journée pour ne pas les encourager à la négativité.

On rend visite à quelques chers amis que nous n’avions pas vu depuis belle lurette, ces moments de retrouvailles sont fort agréables…

La route vers Montargis commence par un camionneur charmant qui nous laisse sur une aire d’autoroute, un billet dans la poche. Puis par toute une série d’usagers des aires -d’autoroutes-, qui ne manquent vraiment pas d’airs et ne daignent pas répondre à nos bonjours -bien que nous fassions preuve de courtoisie dans un habillement presque de mode. Toute une partie des interrogés se permettent de mentir de manière éhontée à nous et pire, à eux-memes qui osant nous affirmer tout sourire, que non ils n’ont pas de place à l’arrière -que nous voyons, et qui sont VIDES, et narguantes !  Pourquoi ne pas dire tout de suite - »nous préférons ne pas prendre d’autostoppeurs » ? Sacrés pseudo bien pensants !…Ces négationnistes ne sont pas seulement des français, mais aussi des touristes hollandais,  belges, et anglais - ces européens de l’Ouest- qui vont profiter des atouts d’autres régions avec leurs complexes hoteliers ou campings où la sociabilisation a lieu suivant des codes bien agencés, ne les perturbant pas trop dans ce qu’ils sont, les confortant meme dans leurs comportements de gentils vacanciers inoffensifs et bien intégrés. Eh bien non ! Ils devraient avoir honte de ne pas prendre la peine de considérer l’humain qui fonctionne autrement, hors des sentiers battus. En Turquie, ils auraient été massivement condamnés pour leur manque de savoir vivre.  Rebonjour le retour en France !  Quel triste bain glacial où il va falloir faire preuve d’empathie pour survivre. 

La personne qui nous sort de cette autoroute  de l’Indifférence -au bout d’1h et demie d’infructueux essais- roule en décapotable et vit de ses rentes immobilières. Il a beau avoir une source de revenus douteuse qui lui permet de vivre un grand train sans travailler, il n’en est pas moins le plus honnete de toute cette bande de routiers. Une petite conversation dévoile sa conscience de lui-meme, avec tous les défauts de sa vie qu’il reconnait. Il est heureux de nous avoir rencontrés au moins autant que nous, dans cette décapotable, a lieu un beau moment d’échanges humain, et au delà spirituel. IL prend la peine, avec plaisir, de nous conduire quelques kilomètres hors de son itinéraire pour nous déposer au bon endroit. Nous sommes aux abords de Troyes… une femme qui sort de son boulot de réceptionniste et qui a quelques gosses qui l’attendent chez elle nous recueille à son tour pour nous déposer à l’autre bonne sortie, bien loin de son foyer, et encore, se désole de ne pas pouvoir nous aider davantage. De Troyes à Montargis, le jour tombe et personne ne s’arrete, sur la départementale qui nous conduit chez le frère de Yannick. Au moment où je pense passer une robe pour sensibiliser les chauffeurs à notre cause, un jeune camionneur enfrein cet interdi de prendre des stoppeurs pour nous donner un coup de main. Il n’aime pas sa France adoptive et encense l’Angleterre où tout était possible. Son frère -d’origine algérienne fait partie des malchanceux emprisonnés pour délit de faciès avec recel de 5GPS volés. Que dire de tous les grands mensongeurs politiciens qui exercent une sale politique en toute impunité et ne seront sans doute jamais inquiétés par leurs délits à grande échelles.

A Montargis, Xavier pêche (quoi au juste ?) depuis sa fenêtre pour le diner du soir. Le lendemain, nous intervenons dans sa classe pleine de jeunes français issus de parents turcs, déboussolés par leur double culture, parlant à peine le turc et n’en connaissant pas les codes sociaux, pour partager notre expérience de voyage au long court. Compte-rendu de notre intervention le lundi suivant : eh le prof a fait venir des hippies dans notre classe. Comme quoi une heure de discussions autour de notre voyage n’est pas suffisante, mais nous avons hate de développer des demies-journées de sensibilisation à cet apprentissage de la vie hors scolarité. C’est si important de montrer aux enfants qu’ils sont maitres de leur propre vie et que sortir du « moule » serait tout à leur avantage….  Et nous y travaillons désormais en Sarthe !

La réinsertion en France a lieu piano piano, avec un potager en cours dont chaque développement de pousses nous saisit. On s’occupe de perpétuer la vie avec beaucoup de soin et de plaisir… bientot on partira à la recherche d’autres « alternatifs » avec qui se serrer les coudes pour un quotidien plein de belles valeurs ancestrales -mais avec quand meme l’eau chaude et courante- à l’opposé de la vide société de consommation si facile et si laide.

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Passage eclair en GEORGIE (Sakartvelo) – Colonel et Laure en prime
23 avr. 2011
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Géorgie, Sakartvélo…comme ils appellent leur pays.

On devait bien finir ce trip par Sakartvelo -le nom georgien de la Georgie- le comble pour des cyclistes !

Meme si cette fois-ci, on a vraiment joué les touristes avec notre ami Fabien dit Le Colonel et notre cousine Laure -qui n’a pas peur de la boue, mais y a tout de même des limites.

Arrivés a Tbilissi, nous avons consacré des heures a la recherche de Georges, une ancienne connaissance de Yannick et du Colonel, un fondu de vélo. Yannick se rappelle  » İl y a 3 ans,  Georges avait son bouge la, dans Jérusalem », dit-il en désignant le vieux quartier de Betlemi (Bethleem). On retourne et laboure ce quartier nuit et jour a sa recherche dans l’indifférence totale de tbilissiens aisés qui ne se sentent vraiment pas concernés par notre affaire.  On ne s accorde du repos qu’une fois que nous sommes VRAİMENT K.O. quand Tina percute mon vélo en manoeuvrant sa jolie voiture neuve – un contraste dans ce pays de la défonce. Heureux accident ou l’on entre enfin en contact avec l’autochtone -fort sympathique et accueillant, on attend Tina et ses filles en France, a présent.  Elle nous conduit quelques semaines plus tard aux fêtes de Pâques, 200 m en voiture pour atteindre l’Eglise de Sioni – tout le beau monde avait sorti sa belle bagnole, le careme ne consiste apparemment pas a utiliser ses jambes….

Les lieux de cultes valent la visite. Les orthodoxes n ont rien a envier au rythme de genuflexions musulmannes, mais un peu a envier au culte juif voisin qui parvient a deblaterer la Torah deux fois plus vite que les prêtres orthodoxes n entonnent leurs saints. Dans la cathedrale de Mtskhta, les barbus preparent une potion magique melangée a l’aide d une grande croix en bois dans des chaudrons bouillonant a meme le sol de l ‘Eglise – il faut le voir pour le croire. Un peu plus haut dans l Eglise massive qui surplombe la ville, un autre curé fait les 400 pas au milieux de touristes georgiennes a peine couverte comme il se doit ( Apparemment Laure et moi on peut penetrer l intimité des lieux sans jupes pour cette fois-la).

Le rêve de Yannick , partir a l’exploration de contrées reculées. On trouve une route non asphaltée dans la montagne que même les policiers équipés de beaux 4×4 nous déconseillent.  Rien ne nous arrête. O verifie un peu plus loin ce qu’ils ont voulu dire. Après 4 heures de route dans un chemin défoncé, dans un paysage sauvage ou le cheval a plus sa raison d’être que la voiture, ou les kolkhoses fantomes evoquent le passé soviétique du pays on est recueilli par des ploiciers, qui décidément apprécient particuliérement de transporter des touristes français d’une vallée perdue a l’autre. İl y a trop d effectifs de bleus dans ce pays, qui se tournent les pouces et sont bienheureux de nous trouver pour agréementer leur journée. Le suivant, qui nous récupére d’une ville fantôme pour nous rapatrier vers la grande ville d’a côté, nous convient carrément a passer une nuit en sa compagnie, puis nous remet entre les mains de ses collègues Tbilissiens qui nous convoient d’une gare routière à l’autre pour le changement de Martshutka -le transport mini bus du pays.

Le rêve du Colonel : rendre visite  à Staline. A Gori, au milieu de la place Staline, devant le musée Staline – ou un masque funéraire mis en scène dans une délicate architecture 80′s est le clou du spectacle, on trouve carrément la maison familiale reconstituée -et pourquoi pas son chat- où Stalinou aurait fait ses premiers pas. A ce stade ci de la visite, le Colonel n’écoute plus la guide minimaliste -habillée pour se trouver un conjoint étranger, peut-être- il mitraille ses lieux sacrés, y compris le cadeau de la Chine au musée qui date d’il y a a peine quelques années , et le wagon blindé dans lequel il a voyagé, la couchette sur laquelle il s’est reposé, la baignoire dans laquelle il s’est astiqué… et cette moquette de gala qui tapisse les lieux et que la guide dégrade avec ses talons aiguilles, remarque Laure, toujours les pieds sur terre.

Dans les foyers, nous sommes bien realimenté en vin – du nouveau aprés le thé turc. Malheureusement, ce breuvage largement produit n’est pas consommé modérément par la gente masculine. Pauvres femmes qui subissent la déchéance de leurs maris bourrés… Pas d’emploi dans ce pays, alors il faut bien oublier l’inactivité, les voitures qui ne tournent pas parce que l’essence coute trop chere, l’eau qu’il faut préalablement chauffer sur le poele, si poele, il y a….et c’est qu’il fait bien froid dans ce pays, ce n’est pas la Syrie.

Le rêve de Laure et Florence : se refaire une beauté aux bains sulfureux apres une journée shopping où l’on détecte enfin les habiletés artisanales des émailleurs du cru (Ah les belles bagues !). Aux bains sulfureux, aux particules flottantes suspectes, une mamie se met a poil pour nous masser. Elle nous retire notre crasse avec son gant de crin qu’elle rince dans notre bain ensuite ! Ah qu’on se sent bien et qu’on a la peau douce ensuite ! Quelle belle journée pluvieuse….on peut la terminer au théâtre de marionettes de Gabriadze -un art par ici, avec les danses folkloriques et les chants polyphoniques, pas de quoi s’ennuyer !

Apres le départ de nos compères, nous repartons dans la boue montagneuse faire cocogne avec les dizaines d’oeufs de Pâques rouges qu’on nous offre sur la route. Un recteur distingué nous prends en stop troublant ainsi ses habitudes aristocratiques. Nous sympathisons avec sa tribu planant sur une autre planete, et sommes les bienvenus dans sa demeure d’été qu’il n’occupe pas en hiver. Son frère était champion d’escrime dans l’équipe soviétique, lui aussi il aime l’escrime….Un peu plus loin c’est un boxeur olympique qui monopolise l’attention de Yannick par des paroles énergiques -d’agressivité contenue qui font dresser les poils du dos-, visant a montrer qu’il est quelqu’un, qu’il en sait des choses, pleins, comme par exemple que les bords de mer sont pleins de loups sauvages et qu’on est bien mieux a l’intérieur -ne pas le contredire surtout. C’est ainsi qu’on repart pour la Turquie, quittant les beaux arbres du littoral géorgien pour un paysage détruits par l’autoroute chez les musulmans. On s’est remis a l’ayran -yaourt liquide-, puis de nouveau au vin, chez notre hôte exilé marocain !

Nous rentrons en France le 16 mai, par Mulhouse….

A bientôt !

Un tour en Syrie

Quelle idée, nous dit Hassan, de partir un jour de pluie torrentielle. On en démord pas, l’aventure nous attend ! Cap vers Akçakale. A la frontiere syrienne, un Turc nous aide a obtenir nos visas dans un bureau miteux avec des gens dont on a l’air de se méfier. Voilà qui est intéressant de rencontrer ce Turc syrien qui a appris le turc des générations précédentes mais ne l’a pas transmis a ses 10 enfants -la moyenne de procréation locale. Vu le temps venteux pluvieux qu’il fait, on s’arrête vite à une élégante maison de terre. En fait il s’agit d’un groupe de maisons de terre. Dans l’une -la salle de réunion familiale, on est accueilli pour dormir, dans une autre se trouve la cuisine et le hamam – la salle de bain. Un petit troupeau de moutons permet a tous ces gens de vivre confortablement -loin de la societe de consommation. Les jeunes qui parlent anglais évoquent les problemes que soulevent leur societe traditionnelle ; les mariages d’amour ne sont pas gagnés d’avance dans cette région où on arrange des mariages entre cousins. La soeur, jeune veuve, quant à elle, risque d’avoir du mal a se remarier, car elle n’est plus vierge…il y a toutes les chances qu’elle vieillisse dans sa famille sans jamais avoir d’enfants. Et les couples stériles dans cette histoire ? Comment éviter de subir la pression sociale… pas d’autres horizons en perspective pour une femme d’être une mère et de s’occuper du foyer. Lorsque les voisins débarquent par curisosité de notre venue, celles-ci s’éclipsent comme le veulent les moeurs -difficile de rencontrer une âme soeur dans ces conditions.

La flicaille nous suit de prés sous ses allures mafieuses, dans un grand 4×4 tout neuf dont on entend le moteur ronronner a 10 metres. On aimerait bien être tranquille, mais mieux vaut ne pas blesser le poulet. D’ailleurs celui-ci nous prend en amitié et arrête les camions pour y charger nos vélos, tous les 15 km, destination Alep. Nous traversons des etendues vertes apres la pluie, bien plus vertes que les alentours d’Urfa -quelle surprise !

Alep, nous sommes surpris par la blancheur de peau des Arabes, aussi blancs que des Français. Nous rencontrons quelques chrétiens qui se nomment Robert ou Antoine et qui parlent parfaitement français, langue d’élite et souvenirs de l’occupation française post 1ere guerre. Dans le souk, ce sont essentiellement des femmes completement voilées que nous croisons- parfois on ne distingue plus le devant du derriere, mais apparemment elles sont là pour se pourvoir en dessous affriolants…

On loge chez Fouzia, le bonheur en personne, algérienne exilée et divorcée parce que son mari syrien a pris une deuxieme femme dans son dos -dit-elle aux chauffeurs de taxi curieux pour leur faire remarquer les mauvaises manieres de leurs compatriotes ! On joue de la musique à l’hopital pour les malades, un hopital vetuste ou on voit des photos gigantesques du president donnant le biberon a un nourrisson. On part a l’école française, un matin pour parler de notre voyage aux enfants. Les Philippines, qui s’occupent des gosses de riches apparaissent aux portails du ramassage scolaire. İl y en a une tripotée, pas toujours bien traitées d’après Béatrice, une hôte française. Yannick s’interesse aux vieilles voitures qui n’ont rien des Renault 12 urfaliennes tandis que j’observe les vélos en provenance de la Chine. İci, il y a un commerce important avec l’extrême Orient. On s’aperçoit que pour trouver du travail, certains syriens migrent vers l’İraq ou Dubai, la porte a côté pour eux… Globalement, on maitrise mieux les langues étrangères ici qu’en Turquie. Les enfants de Fouzia, ne vont pas à l’école, nous explique-t-elle. Apparemment les élèves se sont mis d’accord entre eux pour ne pas y aller – surtout en ce lendemain de jour férié de fête des meres, mais il parait que c’est général, voilà pourquoi il faut payer des leçons privées, leurs camarades ont eux aussi des leçons privées, c’est comme ça ici, nous dit-elle.

Ces derniers jours, c’était l’effusion de pro Başar al Assad dans les rues. Des voitures ou camions surpeuplés criaient avec ferveur leur soutien au président -a croire qu’ils étaient payés pour avoir autant d’énergie jusque tard le soir. Les opposants se taisaient, sous peine de mort…depuis la Syrie on ne peut rien dire, tout le monde est sur écoute, suivi et pour le moindre doute subit un interrogatoire au poste. Une vraie dictature somme toute…

Nous rentrons par l’Euphrate où des campagnards qui vivent avec bien peu nous hébergent, puis nous harcelent pour de l’argent. Les enfants sont nombreux, a croire qu’ils ne connaissent pas la contraception ! Autrement, les gens sont trés accueillants, pleins de bonne humeur au milieu de jeunes veaux qui broutent une herbe verte. Hommes et femmes sont couverts jusqu’aux yeux, on comprend mieux après avoir cramés pendant deux jours. Et encore nous ne sommes qu’en mars, quel été vivent-ils dans ce paysage sans ombres.

A la frontiere de Jarublos, des douaniers fourbes nous font payer un bakchich sous forme soi-disant officielle. Mais nous avons plus de chance que les Turcs en voiture qui ne peuvent pas rentrer chez eux, car du côté de l’enregistrement turc les ordinateurs sont en panne

Nos hôtes d’Urfa

Les habitants d’Urfa nous ouvrent leurs portes, toutes les deux semaines on déménage, en bon nomades des villes…

Depuis notre retour d’İstanbul (20 janvier 2011), nous avons pénétrer dans l’intimité des foyers Urfaliens.

D’abord dans la coloc d’étudiants, un appartement sombre et froid dans lequel İbrahim, Husseyn et Yusuf mettent tout leur soleil intérieur. Malgrè les conditions de vie sans eau chaude, enfermé derrière ses sacros saints rideaux inouvrables à Urfa -les voisins pourraient voir-avec un mobilier minimum, le sourire et la bonne humeur se lit sur les visages de nos petits camarades. İls font gaiement quotidiennement le ménage ensemble et la cuisine à tour de rôle et pas question qu’on en fasse trop surtout, nous sommes İNVİTES ici…( comme ils sonts suffisament ouvert ils goutent tout de même à notre soupe française -où on met tout dedans et ça rend quelque chose de bon). Yussuf, celui qui a 3 petites copines en même temps- prend la guitarre, qu’il a bien en main, pour nous esquisser un petit air Kurde, İbrahim dans et chante avec un air de second degré, tous nous initient à la danse de Dyarbakır -şemami-. İls sont étudiants pour être professeurs, mais la tête plein de propagande politique, si en rigolant on déclare qu’Erdoğan -le pdt de la rep- est mort alors il se met à pleurer, comme si il venait de perdre son père. İl n’a rien contre les juifs, mais contre la politique d’İsrael si, suivant le vent de poupe du discours d’Erdoğan -le one minute-au président İsraelien lors de leur deniere rencontre en automne. Pas question qu’on les quitte sans être couverts de cadeaux (et nous aussi on les remercie de cette façon). Husseyn, qui ne connait de femmes que ces soeurs et moi m’offre timidiment un beau foulard qu’il a choisi avec soin et dit que je suis super. İbrahim offre carrément sa montre à Yannick -impossible de refuser, ce serait dire non à l’amitié.

Ensuite nous avons élu domicile chez Çiğdem qui se sentait seule, un soir. Çiğdem vient d’une autre ville, Adyaman où les moeurs sont plus ouverts pour les femmes. La tradition a chez elle un air délavé de ses cheveux teints en blonds, pas étonnant qu’elle ait perdu ses repères avec ces faux-cheveux et la peinture qu’elle s’étale sur son visage pour se cacher derrière. Elle est aussi aux petits soins avec nous, trés heureuse d’être accompagnée le matin pour le Kahvalte (petit déj’). Bien vite, on se rend compte que sa vie est d’être entourée d’hommes, elle les chasse, cherche à se marier est désespérée d’être célibataire à 25 ans. Nous assistons à une curieuse scène dans laquelle elle s’est sentie obligée d’inviter son prof d’université qui lui devant nous « seni çok seviyorum » soit je t’aime et elle qui lui répond moi je ne t’aime pas -et on sait que c’est un calvaire cette invitation, mais l’homme reste trés tard chez elle sans décoller, puis finalement en pleurant cette fille qui se défile d’être son épouse. Le lendemain une bande de petits jeunots bourins et à la cervelle d’oiseaux débarquent, c’est dans ceux-là qu’elle aimerait pêcher ses amants (elle qui est pleine de chansons et d’humour, qui semble chercher la profondeur de l’être que fait elle empêtrée avec ces brutasses, dont l’un se fait couper les ongles par elle). Quelques jours plus tard, elle est contrainte de partir. Cet universitaire est revenu à la charge, hanté sa vie, son téléphone, son facebook…cherchant à découvrir qui sont ces petits jeunots qui lui ont pris sa place… Pas facile d’être une femme libérée dans une ville où une femme ne sort jamais, et encore moins pour voir des hommes, ici, la ville des hommes et femmes frustrés et des mariages arrangés entre cousins.

Du coup on décampe en même temps qu’elle, mais où ? Ömer Faruk, le professeur musicien, facteur de balaama, nous conduit dans la vieille ville près du pazaar. Dans un ancien petit palace en U autour d’une cour Hassan Bey, 63 ans, clopinant souritde toute sa rangée de dents en moins. İl a tout de suite l’air sympathique. İl est la réincarantion du portrait sur le mur de son arière grand-père. Et en-dessous, ce petit garçon accroupi, aux yeux plein d’une joie de vivre, c’est lui, pris en photo ğar son père adoré. Hassan est un vieux capitaine, celui de sa moto avec laquelle il a tant de fois parcouru l’Europe, sous une montagne de bagages. Des mots d’allemands lui reviennent, on l’encourage. Hassan est un poète, voilà notre premiere expérience cuisine »je mets de l’huile là dans la poele? », « comme vous voulez » -ses yeux réfléchissent en l’air tout en touırnant dans le blanc, « d’accord », « et maintenant je mets de l’eau ? « , »bon, mais pas trop », « comme ça ? », « qu’est-ce que vous en pensez ? », »Ah non, je ne sais pas, c’est toi qui sait… » Tout ces amis motards arrivent pour une soirée kebab, un copain boucher s’occupe de la viande, un autre du feu -une cour c’est bien pratique parfois-, un autre du kadaif, le gateau local deux rangée de panures rougies dans du beurre et au milieu du fromage frais. Et on passe une bonne soirée au son de son violon, qui joue une musique turque frottée avec un minimum de notes. Tous chantent parfaitement faux et avec du coeur. On se sent chez nous, avec ce peu d’objets qui nous entourent, que du pratique, pour le bricolage et très bien ordonné. Ce soir un petit coin d’İrlande dans ces gens réunis pour l’amour de vivre…

Urfa toujours

Un instant d’éternité…

Au petit matin du dimanche, les rues si peuplées en journées révèlent leurs nudités franches.

De vieux bas-reliefs finement ombragés scintillent les légendes des temps,

habitées par des chevaliers conquérants venus du bout de l’Occident.

Un enfant en colère erre dans la rue, un autre vend du Salep, celui de mes rêves.

Je trace mon chemin, que voilà soudain ralenti par un contre-jour sur la Balıklı Göl.

İci encerclée de pierre ocre aux douceurs rebondies, le temps s’est arrêté sous les pas alanguis.

En savoir un peu plus sur Urfa

Balikli Göl où les eaux de la Fontaine Callirhoé emplissent le Grand Bassin aux Carpes sacrées. Selon la tradition musulmane, c’est içi qu’Abraham reprocha au roi Nemrod et à ses sujets d’adorer des idoles. En réponse à l’insulte et au refus de suivre les croyances du roi, Abraham fut condamné à être catapulté dans un brasier du haut de la citadelle. Mais Dieu intervint, transformant les fagots du brasier en carpes et les flammes en eau, formant ainsi le Lac Sacré composé de deux bassins.

Ci-dessous, Kurdes et Arabes des villages portent le foulard violet à la mode.


İtinéraire et révolutions arabes

Notre objectif de voyage numero 1 se situe sur les pourtours du bassin Méditerranéen…

Et comme ça chauffe un peu trop en Egypte et en Tunisie, on est plutôt d’avis à ne pas se risquer dans les problèmes -sauf qu’on pourparle sur le sens de ce mot. Pour l’instant, on fait le mort a Urfa- notre QG- en offrant dès demain nos services a de jeunes pupilles anglophones, qui balbutient quelques mots que nous allons enrichir grâce à nos compétences de travellers ployglottes. Vers la mi-février, en travaillant des gardes borders lines, on devrait pouvoir pénétrer Alep où ses environs- pour seulement 10 jours peut-etre, il a l’air difficile d’obtenir plus, c’est que s’est bien surveillé la Syrie, on est parano et il y a des espions partout. Peut-être poussera-t-on jusqu’à Damas où nous sommes déjà attendu par le frère de notre amie espagnole. Et après ? Un saut en Jordanie ? au Liban ? Ou un retour en Turquie, car le visa syrien coûte la peau des fesses -60 €- par têtes de pipes.  L’idée, s’est d’élaborer un plan en fonction du décantage politique de nos pays arabes.

Quant à notre plan B : Après une boucle en Syrie, on prend la route de la Georgie et de l’Arménie, en dégustant l’est de la Turquie . Maintenant, il y a plein de neige dans ces hautes montagnes et carrément les jeux olympiques d’hiver à Erzurum, on n’est pas vraiment équipés, ni trés chauds pour affronter tout ce blanc. On peut bien attendre la fonte pour profiter du printemps et se faire des sous a Urfa en donnant des cours d’anglais à tous ces intéressés que nous croisons à chaque carrefour. La boucle syrienne nous permettrait de renouveler notre visa turc, gratuit lui, à condition qu’on oublie pas de décamper tous les 90 jours.

Reporters sans frontieres