Le Mans des Cénomans aux 24 heures.

 

Samedi 2 juin, nous étions à 51 de l’AMEBB à nous rendre au Mans  pour parcourir l’histoire de la capitale du Maine de l’Antiquité à nos jours sans commettre d’excès de vitesse. Voici quelques photos illustrant cette journée très ensoleillée.

Le Carré Plantagenêt, nouveau musée d’archéologie et d’histoire ouvert en 2009

Visite libre dans la section néolithique

 

Maquette montrant la construction des remparts romains du Mans qui sont aujourd'hui parmi les mieux conservés de cette époque en France.

Rencontre entre une colonne antique exposée au musée et la collégiale médiévale qui servait de chapelle au palais des comtes du Maine et d'Anjou. Ce palais où résidèrent Henri II Plantagenêt (il y est né) puis Richard Coeur de Lion et sa femme la reine Bérengère de Navarre, fut en partie détruit par un incendie en 1720. Depuis la Révolution, ce qu'il en reste est occupé par l'Hôtel de Ville.

Des images pour les fidèles. Cet espace lumineux d'où on peut apercevoir le chevet de la cathédrale contient quelques beaux échantillons de sculpture dont cette pieta que l'on devine au premeir plan.

 

Pause repas dans la brasserie la Taverne à proximité du Carré Plantagenêt et de la Cathédrale.

Les conversations vont bon train entre les Amis du Musée de Bretagne.

 

L'image que l'on retient en général de la cathédrale Saint Julien est celle de son chevet avec le jeu complexe des chapelles rayonnantes et des arcs boutants.

 

Les vastes verrières du transept ouest datant des 14ème et 15ème siècle sont remarquables par leurs proportions et l'élégance des remplages.

L'élévation et la luminosité du transept sont impressionnantes.

 

Les participants à la sortie suivent avec attention les commentaires de notre guide de l'Office de tourisme très informée sur l'histoire et l'architecture de la cathédrale.

La cathédrale du Mans a conservé comme ici dans la chapelle du chevet un certain nombre de vitraux du 13ème siècle avec la dominante de rouge et de bleu.

Rares sont les vitraux de l'époque romane qui sont restés en place jusqu'à nos jours . La cathédrale Saint Julien en possède huit dans sa nef dont le vitrail de l'Ascension dont on voit ici une partie.

Près de l'évêché autrefois hôtel du Grabatoire car il accueillait les chanoines malades, on peut contempler la façade romane de la cathédrale, à condition de supporter la chaleur.

 

Les remparts romains du Mans sont les mieux conervés de France. Le décor très élaboré obtenu par les différentes couleurs et la disposition des briques prouvent bien que ces murs n'ont pas été construits dans la précipitation.

Pause au soleil pour en apprendre plus sur les remparts romains.

 

La Grande rue rassemble des maisons de la fin du Moyen Age et de l'Epoque moderne : pignons à pans de bois et façades de pierre alternent pour le bonheur des visiteurs

Sur la colonne de l'angle de cette maison on peut voir des bas reliefs représentant des clefs qui servaient d'enseigne au serrurier qui occupait l'échoppe. La "Maison aux clefs" est l'un des plus beaux exemples de maison à pans de bois du Mans. Elle a conservé à l'arrière une cage d'escalier en bois qui en rajoute à son charme.

La maison dite de la Reine Bérengère date de 1460. Elle est remarquable par l'agencement et les sculptures de ses pans de bois et l'importance des vitrages.

La ville du Mans a pris soin de conserver un pavage qui semble d'origine : très agréable à l'oeil, il l'est moins pour les pieds mais cela nous replace dans le contexte de l'inconfort des siècles passés.

 

Le musée automobile de la Sarthe porte désormais le nom de musée des 24 heures. Il se trouve naturellement près de l'entrée principale du circuit, à la périphérie sud de la ville. Ce musée a été créé en 1961 mais le bâtiment actuel date de 1991. Il présente sur 4000 m² 150 véhicules datant des années 1870 à nos jours

La muséographie a été entièrement rénovée en 2009. On entre désormais dans le musée par une impressionnante haie d'honneur de 24 héros des 24 heures.

Jean Rondeau est un enfant du pays qui rêvait depuis sa jeunesse de devenir pilote de course. A force d'obstination et de dynamisme, il a réalisé ses rêves entre autres en gagnant les 24 heures sur sa propre voiture en 1980. Sa carrière s'arrête brutalement en 1985 en raison d'un accident mortel sur un passage à niveau.

Cette maquette du circuit des 24 heures illustre bien le côté pédagogique et moderne de la muséographie actuelle.

Le Mans n'est pas devenue par hasard un des hauts lieux de la compétition automobile. Elle est en fait un des berceaux de l'industries automobile avec la famille Bollée. Amédée Bollé le père mit au point en 1873 l'obéissante qui disposait d'un moteur à vapeur avant de créer la Mancelle première voiture produite à cinquante exemplaires.La Mancelle doyenne des voitures exposées dans le musée était en déplacement à Châteauroux lors de notre visite

Cette superbe Hispano Suiza de 1929 fut celle du Premier ministre grec Constantin Vénizelos.

La présentation à la verticale de la DS19 permet de souligner l'aerodynamique de cette voiture révolutionnaire.

La section 6 du musée est consacrée à la compétittion des 24 heures. La Ferrarri 550 Maranello en compétition de 2002 à 2006 est aussi un clin d'oeil au musée Ferrari de Maranello

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voyage en Léon et en Cornouaille

Le 27-28-29 avril, une trentaine de membres de l’AMEBB ont effectué un voyage dans le Nord Finistère et en Côte d’Armor. Cela faisait longtemps que nous souhaitions organiser une visite dans l’ouest de la Bretagne mais en raison du temps de route, il était préférable de l’organiser sur plusieurs jours. Mais même sur trois jours, il fallait limiter les sites, tant le Léon et le Poher présentent de richesses.

Notre voyage a commencé par la visite du cairn de Barnenez, sur la presqu’île de Kernelehen, entre la Baie de Morlaix à l’ouest, la Manche au nord au-delà d’un collier d’ îlôts dont l’île de Stérec et l’Ile Noire…qui aurait inspiré Hergé, et l’anse de Térénez à l’est. Le matin de notre arrivée l’air est très frais mais la lumière magnifique. Le calme ambiant et la beauté du cadre nous aide à comprendre le choix de ce site par les hommes du néolithique pour édifier cette nécropole de 75 m de long sur 27 de large ce qui en fait le plus grand cairn d’Europe. Pour retrouver mentalement le contexte d’origne il nous faut imaginer ce paysage bien sûr sans les habitations blanches qui émaillent un peu partout la verdure et mais aussi avec une mer beaucoup plus éloignée.

Notre guide entame la visite par l’extrémité orientale  du monument avant d’en faire le tour complet. Il nous apprend l’histoire surprenante de sa découverte en tant que vestige mégalithique en 1955. Le 23 mai de cette année un article du Télégramme provoque une grande émotion dans la région. Une entreprise de travaux routiers qui exploitait un monticule de pierres au lieu dit Barnenez en Plouezoch serait en fait en train de détruire un monument historique ! Pierre-Roland Giot, directeur des Antiquités préhistoriques de Bretagne venu sur les lieux confirme la thèse du journaliste et obtient le classement en urgence. Commence alors une longue période de fouilles et de restauration qui dure de 1955 à 1968. Assez vite on a réalisé qu’il s’agissait de deux cairns juxtaposés. Le cairn primaire à l’ouest contient 5 tombes à couloir, le cairn secondaire à l’est sept. Ces tombes sont inaccessibles au public pour des raisons de sécurité.

 

Pierre-Roland Giot a fait le choix lors de la restauration de rendre le monument le plus lisible possible pour le public mais sans reconstitution abusive : on a conservé l’entame faite par l’entreprise de travaux publics  (« la carrière ») qui fournit une coupe pédagogique qui permet de voir de près quelques unes des chambres avec leur « fausse coupole » et de percevoir l’extraordinaire ingéniosité des bâtisseurs du néolithique. Ils avaient même prévenu l’affaissement de  cette masse de pierre posée sur un terrain en très pente à l’est par une disposition « en terrasses »ou en degrés. Aujourd’hui Barnenez reçoit de nombreux visiteurs venus de toute l’Europe. Le bâtiment d’accueil mis en service en 1987 est devenu trop étroit. Il faudra probablement l’agrandir d’ici peu, surtout si son classement au patrimoine mondial de l’UNESCO actuellement en cours aboutit.

Nous longeons la baie de Morlaix sous une lumière scintillante pour aller déjeuner à Saint Thégonnec à la crêperie Steredenn. Jean-Christophe, le patron,  après un petit mot d’accueil nous explique ses choix d’ingrédients et ses méthodes de préparation respectueuses des traditions. Dès les premières bouchées nous comprenons que nous ne sommes pas dans une crêperie ordinaire mais qu’ici on préserve et peut-être améliore un savoir-faire régional exceptionnel.

 

 

Deux autres joyaux du Léon nous attendent pour l’après midi : les enclos paroissiaux de de Guimilau et de Saint Thégonnec.

Un enclos paroissial c’est un espace clos auquel on accède par une porte monumentale et qui comporte  une église, un calvaire, autrefois un cimetière et souvent un ossuaire ou une chapelle funéraire… On trouve des enclos paroissiaux dans toute la Bretagne mais les plus beaux ou les mieux conservés sont surtout dans le Léon.

Quand on arrive dans le bourg de Guimiliau aujourd’hui fort modeste, on est tout de suite frappé par l’importance et la richesse de l’enclos. Comment dans un si petit village a-t-on pu édifier un tel ensemble ?

Jean-Pierre Mandart nous éclaire sur cette question avant de nous guider dans la lecture du calvaire et des autres merveilles de ce lieu. C’est la combinaison de la prospérité tirée de la production de toiles de chanvre et de lin et de son commerce international, des effets de la contre-réforme catholique et de l’émulation entre villages voisins qui a poussé ces paroisses à se doter des plus beaux ensembles possibles à la fin du 16ème et au cours du 17ème siècle.

Les sculptures en granit gris de kersanton illustrent les épisodes de la vie et de la Passion du Christ en  mélangeant sans complexe  les personnages en costumes du 16ème siècle et ceux de l’Antiquité. Grâce à l’emploi de cette roche, les visages et les drapés ont conservé leur netteté et leur précision après des siècles d’exposition aux intempéries ; seule la polychromie d’origine a disparu mais on peut paraît-il la retrouver certains soirs grâce à la magie d’illuminations très savantes …  Dans la foule des personnages, on retrouve une évocation de l’enfer qui guette les pécheurs, ici Katell Golet, femme de la paroisse qui a cédé à la séduction de Satan, entraînée à sa perte par des diables.

 

L’église à l’intérieur ressemble par ses proportions à de nombreuses églises rurales mais quel décor et quel mobilier ! : le baptistère en bois ciré, le buffet d’orgue, la chaire à prêcher, le chœur et ses lambris, les retables baroques des bas-côtés consacrés au Rosaire et à Saint Joseph, les sculptures en bois polychrome, tout est fascinant.

Un coup d’œil avant de partir sur le clocher de type Beaumanoir qui signale au loin la présence de l’enclos, à la sacristie inspirée sans doute de réalisations de l’architecte Bramante, à l’ossuaire marqué par le décor Renaissance : nul doute, les concepteurs de ces œuvres connaisaient bien l’Italie.

Si à Guimiliau les lignes horizontales dominent dans l’architecture, à Saint Thégonnec ce sont les verticales. La tour clocher, inspirée de celle de Pleyben, construite entre 1600 et 1610 s’impose à la vue du visiteur, la porte monumentale aussi. .

 Le calvaire est moins riche que celui de Guimiliau mais lui aussi se distingue par sa verticalité

 

 

Ce qu’on apelle habituellement l’ossuaire, en fait une chapelle funéraire des années 1670, renferme dans sa crypte un étonnant ensemble de sculptures grandeur nature représentant le Saint Sépulcre, oeuvre du sculpteur morlaisien Jacque Lespaignol. 

 

 

Nous quittons Saint Thégonnec pour nous diriger vers une autre splendeur de la fin du 16ème siècle, le château de Kerjean. Construit par Louis Barbier dont la fortune provenait à la fois du monde de la justice et de celui de l’Eglise, ce château est à la fois une agréable demeure et une puissante forteresse.

Ces remparts qui nous surprennent autour d’une résidence de plaisir ont été d’une grande utilité pour le maître des lieux au cours des guerres de religions.

 

Les héritiers et en particulier la marquise Suzane-Augustine de Coatanscour  mettront un point d’honneur  à les entretenir et à les garnir d’armement jusqu’en 1789 .

C’est un incendie au 18ème siècle qui a ruiné l’aile est du logis. Au cours de la Révolution, l’intérieur du château est victime d’actes de vandalisme de soldats en garnison dans les lieux, le mobilier est vendu aux enchères, le château lui-même est racheté par des parents des anciens propriétaires, les Brilhac. Eux-mêmes poursuivent la dégradation en vendant des pierres de l’aile des Arcades et de nombreux arbres du parc. Kerjean cependant renoue avec l’activité culturelle brillante de l’Ancien Régime avec Charles de Coatgoureden qui y accueille le congrès de l’Union régionaliste bretonne en 1904 et les premiers spectacles du Bleun Brug. Le château est vendu à l’État en 1911 qui ne prend pas beaucoup d’intiatives pour sa mise en valeur malgré l’action de la société des « Amis de Kerjean ». Dans les années 1990, l’État délègue la gestion au Conseil général du Finistère. C’est alors que commence la véritable re-naissance de Kerjean : les bâtiments sont restaurés, les manifestations culturelles se multiplient, en 2011 un nouveau parcours de visite est ouvert au public. Nous avons le privilège d’être parmi les premiers (mais nombreux) bénéficiaires de ce parcours alliant remarquablement la conservation de l’ancien et les technologies les plus récentes.

 

L’un des éléments qui se distingue à Kerjean est sa chapelle, perchée à l’angle sud-est des remparts ce qui la rend particulièrement visible au visiteurs arrivant au domaine sans cacher la façade du logis.  

 À l’intérieur le regard est immédiatement attiré par l’élégance de la voûte de bois et les sculptures de la frise et des sablières.

Un dispositif ingénieux permet au public de grossir les détails et de se documenter.

La visite est passionnante et nous débordons largement l’horaire de fermeture : la tradition d’hospitalité des maîtres de Kerjean est respectée ! Il nous reste un peu de temps pour faire le tour par l’extérieur ce qui nous permet d’apprécier le parc et le romantisme des lieux.

 

Nous faisons escale pour la soirée dans le centre historique de Roscoff, à proximité de l’église Notre-Dame-de-Croaz-Batz dont l’étonnant clocher renaissance signale l’emplacement du vieux port en mer comme sur terre .

 

Ici ce n’est pas un calvaire qui rappelle la brieveté de la vie mais un cadran solaire élégant mais inquiétant.

Mais la façade de l’hôtel des Arcades qui nous héberge pour la nuit est plus que rassurante.

De la salle à manger on peut voir l’estacade qui permet d’embarquer pour l’île de Batz même à marée basse,

 et de nos chambres contempler la côte à la nuit tombante.

 

Samedi 28 avril au matin, l’air venant de la mer est frais et tonique mais le ciel plus chargé que la veille : le temps reste cependant convenable pour des visites extérieures. Nous nous rendons sur un des sites naturels les plus remarquables de Bretagne : les dunes de Keremma sur la commune de Goulven, entre Plouescat et Brignogan.

 

 

Cet espace de 6 km de long et de 185 ha est aujourd’hui géré par le Conservatoire du Littoral -donc désormais durablement protégé- il se distingue à la fois par sa richesse naturelle et par son histoire. Le Conservatoire du Littoral y a aménagé depuis 1987, une maison d’accueil des visiteurs, la maison des dunes.

 

 

Un sentier pédagogique canalise la circulation et permet de s’informer sur l’environnement, sa composition, son évolution, l’action du Conservatoire pour le protéger, solutions transférables ailleurs. 

Au bout du sentier, on découvre un espace muséographique

qui contient une masse d’informations sur l’univers les dunes de Keremma et leur protection.

 À partir du penty qui abrite ce petit musée, on peut prendre les chemins qui permettent d’aller jusqu’au rivage sans dégrader l’environnement  .

Nous consacrons l’après midi à Brest .

Brest  a été et une ville  double et le reste sous certains angles : la ville historique de l’est de la Penfeld « Brest même », ville de langue française et des classes favorisées, les quartiers de l’ouest dont Recouvrance, ville des classes laborieuses parlant breton. L’image qu’on se fait de la ville reste aussi souvent double : la ville de la reconstruction  jugée  terne et sans âme opposée à la ville d’avant-guerre mythifiée entre autres par le « Brest » de Mac Orlan, celui du « Barbara » de Prévert, celui du film « Remorques » de Grémillon … et la mémoire collective. Aujourd’hui la coupure n’est plus aussi nette : certe les rives de la Penfeld utilisée par la Marine continuent à être difficiles d’accès mais la circulation ouest-est facile et va être encore améliorée par le tramway, la rupture d’urbanisme n’est plus très évidente, l’aménagement piétonnier des grands axes, la rue Jean Jaurès et la rue de Siam rend ses rues plus accueillantes et en devenant une ville universitaire, la vie culturelle a pris un nouveau souffle : ce qui se passe à Brest en ce domaine a souvent un retentissement national.

C’est ce que nous découvrons au cours de notre visite guidée en car.

 

 

 

 

Le pont de Térenez

 

 

Landévénnec : le musée de la vieille abbaye

 

 

Pleyben

 

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L’abbaye de Bon-Repos

Le Trégor sous le soleil

        

Un soleil généreux a accompagné les adhérents de l’Amebb qui participaient à l’excursion d’automne en Trégor samedi 1er octobre. Quel plaisir de découvrir le Sillon de Talbert avec un temps pareil. Arrivés à 10 heures sur le site, nous disposons d’une heure et demie pour parcourir cette flèche de sable et de galets  longue de 3 km.         

        

        

 Chacun peut choisir sa formule. Les fervents de la marche se lancent d’un pas rapide sur chemin balisé par le Conservatoire du littoral et la commune de Pleubian.       

       

D’autres préfèrent prendre leur temps  pour contempler la nature dans tous ses aspects : le silence ambiant, les plantes, les oiseaux, les minéraux…       

       

Quelques uns, en savourant la douceur de la température, admirent ce paysagetoujours modifié par les variations de la lumière sur la mer à marée haute et riche des innombrables ilôts et rochers qui émergent au large.       

         

Tout le monde s’interroge sur la formation de cet étrange cordon, son évolution permanente et sa protection pour l’avenir. Dans le car, Yves Agenais  nous a proposé une explication légendaire impliquant le roi Arthur et la fée Morgane puis nous en a donné l’explication scientifique, avant d’évoquer les erreurs de protection commises dans les années 1970 : on a pensé à l’époque qu’il fallait fixer le sillon par un enrochement artificiel  pour le protéger de l’érosion marine. On admet aujourd’hui que le sillon n’avait cessé de se déplacer au cours des siècles. Le danger le plus important n’est plus l’exploitation des galets ni l’activité des ramasseurs d’algue. C’est la fréquentation du site par les visiteurs -dont nous faisons partie- qui constitue à l’échelle des décennies à venir, la menace la plus grave : tassement du sol, disparition de la végétation, perturbation de la faune… En respectant les consignes du Conservatoire du littoral qui en a la gestion depuis 1980 ces dommages sont limités. Le choux marin, le chardon bleu ont pu se réinstaller entre les galets tandis que l’oyat fixe le sable dunaire. Marie-Jeanne Yvinec complète les informations sur ce patrimoine naturel exceptionnel et s’interroge sur la signification du nom de Talbert, nom francisé de Talberz : tal signifie « front » en breton, l’interprétation de bert ou berz paraît moins claire. En général le terme de « talberz » est traduit par « front de mer ». Quant au mot « sillon », il évoque dans les usages les plus répandus l’idée de trace longiligne mais en creux… sauf en Saintonge où selon le Littré, il aurait eu le sens de « longue arête que forme la terre en retombant de chaque côté du soc ». Il ne nous reste plus qu’à expliquer comment le sens saintongeois du mot sillon s’est introduit ici.       

Il nous faut quitter le Talbert pour nous mettre à table dans le bourg de Pleubian. Mais en apéritif, nous allons admirer la chaire de la fin du 15ème siècle près de l’église Saint Georges. Ce patronyme est dû au fait que la paroisse de Pleubian a dépendu au Moyen Âge de l’abbaye Saint Georges de Rennes.       

         

Gérard Provost, du haut de la chaire-calvaire, nous explique l’importance des sermons en langue vernaculaire, surtout à partir de la Contre-Réforme. La foule des fidèle dépassant souvent la capacité de l’église, on a ressenti la nécessité d’une chaire extérieure.        

        

La qualité de l’acoustique, malgré la rumeur du marché qui se tient à proximité, démontre l’efficacité d’un tel dispositif. L’enseignement oral était complété par l’enseignement visuel. Les sculptures en granite qui ornent le parapet représentent  la passion du Christ et sa résurrection. Elles semblent légèrement antérieures à celles qui illustrent le calvaire de Tronoën en pays bigouden qui passe pour l’un des plus anciens calvaires de Bretagne. Il n’est donc pas illégitime de considérer le calvaire de Pleubian comme le plus ancien des calvaires historiés bretons. Les cloches de Saint Georges nous indiquent qu’il est l’heure de passer à l’apéritif terrestre et d’aller honorer le bon chanoine Kir.        

         

         

L’après midi est consacré à Tréguier en  limitant notre fil conducteur à deux personnages : Saint Yves et Ernest Renan. Normalement il faudrait au moins en ajouter un troisième, Saint Tugdual, qui a fondé l’évêché, ce qui a engendré  la naissance de la ville de Tréguier.    

        

         

Tréguier est restée jusqu’au 19ème siècle d’abord et avant tout une ville épiscopale. Elle a certes eu une activité commerciale par son port, alimentée en particulier par les cultures du lin et du chanvre du Trégor. Protégée par son implantation au fond de l’estuaire commun du Jaudy et du Guindy et son statut de ville épiscopale, Tréguier n’a jamais eu de remparts. La renommée d’Yves Hélory, plus connu sous le nom de Saint Yves, en a fait un but de pélerinage de premier ordre dès le début du 14ème siècle, avant même sa canonisation en 1347 . La tombe de celui qui est devenu patron des Bretons et le protecteur des avocats se trouve dans la cathédrale ainsi que la relique de son crâne (le « Chef de Saint Yves »).     

        

        

À la mort d’Yves Hélory, la cathédrale était encore un édifice roman dont il reste la tour nord, la tour Hasting. Celle ci domine le superbe cloître du 15ème siècle -fermé pour nous malheureusement-et le palais épiscopal du 18ème siècle qui fait office aujourd’hui d’hôtel de ville.       

        

La nef , le choeur, le transept sud datent des 14ème et 15ème siècles. La tour sud a été restaurée grâce à une dotation de Louis XVI financée par la loterie royale ce qui explique la présence d’ouvertures en forme de cœurs, de carreaux et de trèfles sur la flèche de granit qui s’élève jusqu’à 63 m.       

        

        

Sur les murs de l’ancien palais épiscopal, on peut voir une plaque qui rappelle le rôle de Tréguier dans l’apparition de l’imprimerie en Bretagne.        

       

        

 C’est à Tréguier en effet qu’a été imprimé en 1499 le  premier dictionnaire français, breton et latin rédigé par Jehan Lagadeuc, prètre du dicoèse de Tréguier, pour améliorer la formation des clercs bretons qui devaient jongler avec ces trois langues. Baptisé Catholicon  un peu à l’insu de son auteur qui s’est  inspiré d’un célèbre modèle génois du 13ème siècle portant ce titre, il a été imprimé par un artisan de Tréguier, Jehan Calvez, à la demande d’un chanoine trégorrois. La Bibliothèque municipale de Rennes dispose d’un exemplaire imprimé presque complet. Ces dates nous montrent que la petite cité épiscopale n’était pas à l’écart du mouvement humaniste : en lien avec l’Italie, elle partageait la soif de savoir -ce dictionnaire ne se contentait pas de traduction, il donnait des indications encyclopédiques- et le souhait de diffusion des connaissances en valorisant les langues usuelles et en ayant recours à une technologie relativement récente : l’imprimerie à caractères mobiles n’avait qu’une cinquantaine d’années. Yves Hélory avait montré en son temps que l’on pouvait naître en Trégor et se hisser parmi les esprits les plus brillants d’Occident.       

Rien non plus de semblait prédestiner Ernest Renan, troisième enfant d’une famille très pauvre à devenir l’auteur d’un des livres les plus diffusés à son époque, « La Vie de Jésus ».  Si Renan a pu faire des études secondaires à cette époque, c’est grâce à l’environnement de cette ville épiscopale. Remarqué pour ses qualités intellectuelles dès ses débuts à l’école, on le destinait à devenir prêtre ce qui lui a ouvert les portes du collège de Tréguier, puis du petit et du grand séminaire à Paris . Cela lui a permis d’acquérir une connaissance exceptionnelle de la Bible, de l’histoire religieuse et des langues anciennes, poursuivant ainsi, peut-être sans le savoir,l’esprit du Catholicon, lui qui toute sa vie a aimé et  pratiqué la langue bretonne. Tout cela est évoqué dans les Souvenirs d’enfance et de jeunesse et en particulier la crise qui le détourna de la prêtrise, ce qui provoqua déjà à son égard une hostilité sourde à Tréguier, devenue très franche quand on découvrit sa démarche scientifique pour retracer la vie de Jésus. Renan qui osait aborder Jésus comme un être de condition humaine était devenu le « rénégat ».       

La République qui se heurtait à l’Église  en particulier pour s’implanter dans les campagnes bretonnes,  fit de Renan après sa mort une sorte de saint laïque, apôtre de la raison et de la tolérance en butte à l’obscurantisme clérical. Pourtant Renan,  est resté longtemps hostile à la république et à la démocratie, malgré ses liens avec son ami de jeunesse Marcellin Berthelot fervent républicain de toujours. Sa préférence pour une monarchie constitutionnelle et sa méfiance à l’égard du suffrage universel apparaissent nettement dans »La Réforme intellectuelle et morale de la France » publié en 1872 à la suitede la défaite de 1870 mais aussi de la Commune de Paris.       

        

C’est un autre républicain, originaire de Paimpol, Armand Dayot, inspecteur des Beaux arts, vivant principalement à Paris,  qui lança l’idée d’une statue de Renan à Tréguier. Il œuvra avec obstination dans ce but, obtenant à la fois l’installation de cette statue place du Martray face à la cathédrale, sur le lieu habituel de l’exposition du Saint Sacrement lors de la Fête-Dieu, suivant de près la réalisation du bronze par Jean Boucher (ce n’est pas sa meilleure oeuvre : Renan y figure âgé et assis -portrait somme toute bien réalisé- mais sous la protection d’une Athéna un peu trop raide : l’association des deux figures n’est pas du meilleur effet) et obtenant pour l’inauguration la venue du Président du Conseil, Émile Combes. Tréguier la paisible fut au bord de la guerre civile pendant les quelques jours de ce mois de septembre 1903. Les partisans de l’évêché eurent leur revanche l’année suivante en parvenant à édifier le « Calvaire de la Réparation« , financé par une souscription, mais installé à l’écart des voies passantes sur un terrain privé à l’époque. Tout ceci est montré par de nombreuses photos dans une des pièces de la maison de Renan mais aussi dans une vitrine de l’exposition permanente du Musée de Bretagne à Rennes.       

        

C’est par la visite de la maison de Renan que nous terminons notre journée. Côté rue elle présente une façade à pans de bois du 16ème siècle, façade qui se détache nettement du voisinage par sa couleur jaune ocre et ses pans de bois sculptés. Cette façade n’est pas celle qu’a connue Renan ; elle a été fortement enrichie en 1947  lorsque la maison a été transformée en musée puis en 1992 lors du centenaire de la mort du savant.       

Côté jardin, la façade de granite est nettement plus élevée que celle côté rue : au sommet , au cinquième niveau, se trouve la pièce de travail du jeune Renan d’où l’on peut voir les toits de la ville, les reflets du Jaudy et au -delà, la campagne du Trégor, vue magnifique en cette belle journée d’octobre 2011 mais qu’il devait faire bien froid et bien humide dans cette pièce austère les soirs d’hiver !       

         

       

        

        

Nous avons encore un peu de temps pour nous rendre au Calvaire de la Réparation édifié en 1904 en plein conflit de la séparation Église-État.       

       

       

        

 Yves Hernot le sculpteur est moins connu que Jean Boucher mais ses sculptures sont intéressantes d’un point de vue esthétique : au centre se dresse un calvaire assez classique, peut-être le dernier construit en Bretagne. Sur les piliers de l’enclos, avec Saint Pierre, Saint Georges et Saint Tugdual, on découvre Saint Louis et Jeanne d’Arc, qui pourtant n’était pas encore canonisée (peut-être s’agit-il d’une addition postérieure à la guerre 14-18) : avec Saint Louis on sent la référence à la nostalgie monarchique que devait ressentir une bonne partie des 30 000 fidèles présents à l’inauguration.         

        

Tréguier a bien d’autres richesses patrimoniales que nous aurions pu visiter et d’autres célébrités (Henri Pollès, Yvon Le Men, Anatole Le Braz , l’ébéniste et sculpeur Joseph Savina…) que nous aurions pu évoquer mais il fallait faire un choix. Ceux qui le souhaitent pourront prolonger cette visite d’un 1er octobre estival par des lectures d’hiver.Voici cinq ouvrages actuellement disponibles en librairie.   

  

Ce petit ouvrage est un livre de photos dues au talent d’ Yvon Boelle accompagnées d’un texte d’Yvon Le Men, poète natif de Tréguier, publié par les édtions Apogée en 1999 dans la collection Terre celte.

 Éditions Apogée   

 
 

Ce guide coédité par Apogée, le brgméditions et l'Espace des sciences a été publié en 2009. Il comporte une double page sur le site du Sillon du Talbert. Il permet de relier le Talbert à son environnement géologique. Ses deux premiers chapitres font une synthèse sur les familles de roche et l'histoire géologique du Massif armoricain : il est de ce fait un très bon complément à la visite de la collection géologique de l'Université de Rennes 1. Ce livre est vendu à l'accueil des Champs libres à Rennes et dans toutes les librairies

 

 BRGMéditions    

    

Cette monographie de Yannick Pelletier publiée aux éditions Jean-Paul Gisserot en 2002 est disponible en librairie au prix incroyablement bas de 2 euros. Yannick Pelletier, homme de lettres et historien, a publié une trentaine d'ouvrages dont deux histoires de Bretagne. Ce livre de 16 pages associe de façon très pertinente les photos de J-P Gisserot au texte concis et clair de Yannick Pelletier.

 

Éditions Gisserot    

Cet ouvrage de la collection "Itinéraires" des éditions du Patrimoine-Monuments nationaux- publié en 2004 a été rédigé par Anne-Marie de Brem, conservateur du patrimoine et spécialiste également de George Sand. Ce livre commence par une brève histoire de Tréguier suivie d'une biographie très alerte de Renan accompagnée de quelques encarts bien commodes comme la "Leçon au Collège de France" ou "Renan et les Bretons". Une vingtaine de page servent de guide pour la maison de Renan et la ville de Tréguier. Très maniable sur le terrain et très bien illustré, il comporte un plan de la ville et quelques informations pratiques. Il est disponible à l'accueil de la maison de Renan à Tréguier et en librairie.

 

Éditions du patrimoine  Centre des Monuments nationaux   

Dans ce livre de 232 pages, Loïc Thomas nous fait vivre la tension qui a envahi Tréguier et sa région lorsqu'une poignée de notables républicains ont voulu honorer Ernest Renan dans sa ville natale en installant sa statue en 1903 sur la place du Martray face à la cathédrale. On a du mal à imaginer l'agitation qu'a pu créer ce monument qui aujourd'hui parait à la fois très légitime et un peu effacé par la masse imposante de la cathédrale et les activités d'une place de centre ville. Ce livre édité par les Editons Anagramme est disponible à l'accueil de la maison de Renan et en librairie sur commande.

 

Éditions Anagrammes   

Christian BRIEC, membre du bureau de l’AMEBB

Une journée à Laval

Samedi 28 mai, un groupe de 46 adhérents de l’AMEBB s’est rendu à Laval. C’était notre traditionnelle excursion de printemps avec comme toujours comme objectif de découvrir le patrimoine hérité du passé sans négliger les activités du présent, et les formes nouvelles de muséographie qui parfois les illustrent.

La journée a ainsi commencé par la visite du Lactopôle musée de l’entreprise Lactalis (ex-groupe Besnier) consacré au lait, à l’histoire de sa collecte et de sa transformation. Lactalis est aujourd’hui le 3ème groupe mondial pour le lait et le fromage et le premier dans l’Union européenne. La direction de l’entreprise siège toujours à Laval.

Ce musée, créé en 1999 par Michel Besnier, s’étend sur 5000 m² à l’intérieur d’une ancienne laiterie industrielle. Il se distingue par la richesse de ses collections et par sa muséographie pédagogique et moderne.

Il faut 2h30 pour faire la visite : notre guide ne manque ni de dynamisme ni d’humour, ce qui permet de visiter les deux niveaux sans ennui, au contraire. La visite se termine par une dégustation d’une sélection de fromages produits par des marques du groupe Lactalis qui appliquent les normes des appellations contrôlées. La dégustation est concluante puisque beaucoup de participants font une provision de camemberts au lait cru moulés à la louche en passant par la boutique qui se trouve en fin de circuit.

L’après midi est consacré à la visite du Château de Laval.

Ce château est l’emblème de la ville : c’est au pied de ses tours et à proximité du « Vieux Pont » qu’elle s’est développée ente le Xe et XIIe siècles avant de se doter elle-même de remparts : il était prudent de se mettre à l’abri des puissants voisins, les ducs de Bretagne et ceux du Maine. La production de toile de lin devait assurer le renom de Laval du XIIIe au XVIIIe siècles dans toute l’Europe occidentale et même, après passage en Espagne, dans une bonne partie de l’ Amérique du sud.

Nous passons devant le « Château Neuf » de style Renaissance, éclatant sous le soleil malgré les travaux de restauration. Dommage que nous ne puissions visiter ce bel édifice que nous devons pour l’essentiel à Guy XVI, comte de Laval de 1501 à 1531. Il servit de palais de justice du XIXe eu XXe siècle. Une fois les travaux actuels terminés, il deviendra un centre culturel et donc ouvert au public.

La cour du « Vieux Château » porte aussi la marque de Guy XVI : la façade ouest que l’on peut qualifier de « première Renaissance » nous rappelle ce que nous avons vu au château des Ducs à Nantes ou au château de Châteaubriant lors de précédentes excursions. Le mur médiéval de grès s’est ouvert de larges fenêtres à meneaux insérées dans des pans de calcaire décorés de médaillons et de colonnes engagées à l’italienne. Le décor des lucarnes et les importantes toitures d’ardoises rappellent qu’il s’agit d’un bâtiment médiéval mis au goût du jour à la fin du XVe siècle. La façade est, qui domine la  Mayenne, conserve plus nettement son aspect féodal, malgré les nombreuses fenêtres percées à la fin du Moyen Âge.

Le donjon, construit au XIIIe siècle, a conservé ses hourds primitifs, ce qui est rare. La visite de l’intérieur se déroule en deux temps. D’abord une visite pour l’architecture qui commence par un passage dans la chapelle souterraine puis l’ascension de la tour. Au passage on découvre un buste en bronze de belle qualité d’Ambroise Paré voisinant avec une trousse d’instruments chirurgicaux qui sont à l’origine de la chirurgie moderne mais qui nous font frémir tant ils ressemblent à des outils de bricoleurs.  Au sommet on découvre la magnifique charpente sous la poivrière qui coiffe ce donjon.

Le sol des hourds laisse voir par ses ouvertures le vide en-dessous. On imagine le sort  les assaillants tentant d’escalader les murs sous une pluie de projectiles…

Les rêveries nous prouvons les prolonger dans les salles consacrées à l’art naïf.

La municipalité de Laval, nous dit notre guide, a manqué l’opportunité d’acquérir quelques unes de œuvres majeures du Douanier Rousseau à une époque où c’est vrai, la renommée de ce Lavallois de naissance, n’avait pas atteint celle qu’il devait connaître ensuite. Mais c’est en son hommage que la ville a rassemblé des peintures relevant du genre qu il avait initié. Notre guide nous présente ainsi le « Pont de Grenelle »  réalisé en 1892 par le Douanier Rousseau et que le peintre Delaunay eut la chance de dénicher chez un brocanteur.

En sortant du château, il nous reste du temps libre ce qui permet à chacun de flâner selon ses goûts dans le centre dont les rues, ce samedi après midi presque estival , sont très fréquentées tout en conservant le calme qui fait le charme de Laval.

Les uns rendent visite à la cathédrale de la Trinité, les autres se promènent dans les rues bordées de maisons en pan de bois, d’autres enfin préfèrent les quais de la Mayenne…

Christian Briec, membre du bureau de l’AMEBB

L’AMEBB fête ses trente ans

      

      

En 1981, un groupe de passionnés  qui accompagnaient  le musée de Bretagne  dans toutes ses actions, déposaient en préfecture les statuts d’une association de type 1901 pour soutenir ce musée dans « sa triple tâche de conservation d’exposition et d’animation ».  L’ADAMB était née, association pour le développement du musée de Bretagne. En 1987, l’ouverture de l’écomusée de la Bintinais  entraîna la transformation de ce sigle en AMEBB, «  Amis du musée et de l’écomusée : Bretagne-Bintinais ».
  
  

     

Trente ans, c’est une bonne occasion pour faire le point sur l’association elle-même et  les deux musées qu’elle soutient et pour fixer les objectifs pour l’avenir.
    
      
Lysiane Rannou, l’actuelle présidente, s’est lancée avec l’équipe du bureau pour préparer une fête d’anniversaire qui s’est déroulée en fin d’après midi, mercredi 18 mai dans le  Musée de Bretagne. 
  
 Plus de cent personnes avaient répondu à l’invitation : de nombreux adhérents, le personnel du musée de Bretagne et celui de l’écomusée, des voisins des Champs libres et des personnalités du monde de la culture…    

    

     

      

 Une belle surprise attendait ces invités. L’AMEBB offrait au musée de Bretagne la possibilité de faire une acquisition exceptionnelle : six bracelets en or datant de l’âge du bronze, découverts en 2008 dans un bois de Pommerit-le-Vicomte à 10 km au nord de Guingamp. Ces bracelets auraient pu facilement trouver preneur sur le marché de l’art : il fallait faire vite, en particulier pour assurer le financement.      

     

Françoise Bérrétrot, conservatrice au musée, nous alerta sur cette opportunité. L’AMEBB versa 4000 euros – soit la moitié du prix évalué par les experts-, ce qui permit au musée d’emporter le marché.       

    

De Jeunes Amis du Musée remettent un chèque de 4000 euros au musée de Bretagne tandis que Françoise Bérrétrot présente au public les six bracelets en or.

 

          

    

C'est l'occasion de voir de près et en avant première les six bracelets qui passeront l'été au Château de la Roche-Jagu dans le département des Côtes d'Armor où ils ont été découverts avant d'être présentés à partir de décembre dans la collection permanente du musée de Bretagne.

 

       

En trente ans, l’AMEBB est souvent intervenue pour aider le musée à enrichir ces collections essentiellement dans des contextes qui demandaient rapidité de décision et souplesse du financement. 350 objets sont ainsi entrés avec l’appui de l’AMEBB dans les collections, certains prestigieux, certains très modestes, mais tous offrant un grand intérêt pour la connaissance du passé de la Bretagne.        

      

Pour concrétiser cette fonction de mécénat de l’AMEBB, nous avions préparé une « pochette anniversaire » présentant une sélection d’acquisitions  très variées dans leur nature, dans leurs fonctions, dans leurs dimensions… Cette pochette a pu être réalisée grâce au soutien financier du Crédit mutuel de Bretagne Arkéa, de la Direction régionale de l’action culturelle (DRAC) et avec l’aide de l’équipe du musée de Bretagne.        

    

Distribution de la "pochette anniversaire" aux participants de cette soirée.

 

    

   

 

Un exemplaire de cette pochette fut remis à tous les invités. Ils ont pu ensuite prolonger cette célébration du 30ème anniversaire de l’AMEBB par un cocktail offert au Café des Champs libres.    

     

  Christian Briec, membre du bureau de l’AMEBB    

          

 

        

   

      

 
 

         

 

        

   

      

     

  

  

 

  

L’AMEBB découvre un musée caché à Rennes : le musée géologique de Rennes 1.

Trouver le bâtiment 5 qui abrite les collections de géologie de l’Université de Rennes 1 n’est pas une mince affaire.

D'après Google Earth

 Mais Jean Plaine, le Conservateur de ce musée, nous avait donné des indices : rendez-vous dans le bâtiment de la vice-présidence, facilement repérable derrière ses trois drapeaux.

Le bâtiment de la vice-présidence de Rennes 1.Photo Amebb

 Il nous guide ensuite dans le dédale des couloirs et des bâtiments, avant de nous faire parcourir les éres géologiques.

L'entrée du musée de géologie de Rennes 1. Photo AMEBB

Avec une passion communicative, Jean Plaine nous a fait l’historique des collections puis un rappel de l’histoire de la formation et de la mise en place des roches. Nous nous sommes retrouvés à la  place d’étudiants, face au tableau où le maître expérimenté accompagnait son exposé par des schémas rapidement exécutés mais très éclairants.

 Cette salle de cours d’architecture très ordinaire avait pourtant quelque chose de pas commun : elle était bordée de belles vitrines en chêne des années 1940 communicant une certaine chaleur à cette pièce . Au mur du fond étaient accrochées deux grandes peintures représentant la vallée de la Vilaine réalisées par Yvonne Jan, Haffen , disciple et amie de Mathurin Méheut.

  Nous retrouverons ces deux peintres tout au long de la visite.

C’est Yves Milon*, fondateur de l’institut de géologie du Thabor qui avait commandé en 1941  à Mathurin Méheut, vingt-cinq tableaux qui devaient répondre à un cahier de charges très précis. Ils devaient être exécutés dans un camaïeu allant du brun au jaune clair pour être en harmonie avec le mobilier ; outre l’aspect décoratif, ils devaient respecter les exigences scientifiques. Mathurin Méheut réalisa vingt des tableaux, Yvonne Jan-Haffen cinq, mais tous deux prirent quelques libertés avec la science tout en respectant l’essentiel des recommandations.

 

Ces œuvres, un temps en situation incertaine ont déménagé en deux étapes des bâtiments du Thabor vers ceux de Beaulieu : classées monuments historiques en 1990, restaurées à partir de 1992, elles sont désormais  à l’abri dans leur cohérence initiale (en liaison avec les collections) sous l’œil attentif de Jean Plaine. Pendant l’été, elles migrent souvent pour prendre place dans des expositions temporaires sur les côtes bretonnes ou ailleurs.

Mais n’oublions que ces tableaux sont là pour accompagner les collections géologiques qui sont elles aussi d’une valeur exceptionnelle. 

 

 

Jean Plaine est inépuisable sur le sujet. Pendant trois heures il captive l’attention de nos trente amis du musée de Bretagne, émaillant ses commentaires très scientifiques de souvenirs personnels.

 

Difficile de choisir de quel exemple de roche, de minéral, de fossile on doit parler.  La beauté des certaines pièces exposées est stupéfiante et l’on comprend le souci d’Yves Milon d’allier l’art à la science .

 

 

La meilleure chose à faire pour s’en rendre compte, c’est de s’y rendre : les collections sont ouvertes gratuitement à tout le monde. Il suffit de se présenter au bâtiment 5 du Campus de Beaulieu les jours ouvrables.  Si l’on souhaite des précisions sur un point ou un autre en cours de visite, on peut frapper à la porte du conservateur.

Pour les passionnés de physique, de botanique et de zoologie, il faut savoir qu’il existe aussi d’autres collections scientifiques sur le campus de Rennes 1 à Beaulieu.

* Pour mieux connaître cette personnalité exceptionnelle qui est à l’origine de l’essor de l’enseignement supérieur à Rennes à partir de 1945, voir le livre d’ Yves Rannou, « Yves Milon : de la Résistance à la mairie de Rennes », Éditions Apogée, 2006.

Christian Briec, membre du bureau de l’AMEBB.

L’AMEBB au Musée des Beaux Arts de Rennes

Mardi 29 mars, les Amis du musée de Bretagne  vont se rendre au Musée des Beaux Arts, quai Zola. C’est pour nous un endroit familier puisque c’est  le lieu de naissance de notre association. Le musée de Bretagne y a cohabité avec le musée des Beaux Arts depuis ses origines jusqu’en 2005.       

C'est une façade en calcaire blanc de style néo-classique avec une forte référence à l'Italie. Le rez-de chaussée est en bossage avec des fenêtres en arc en plein cintre et des médaillons. Des pilastres de style ionien séparent les hautes fenêtres rectangulaires du premier étage-étage noble-. Le même principe est repris au 3ème étage  mais avec des fenêtres moitié moins hautes. Enfin la toiture en ardoise se fait discrète  pour renforcer l'aspect italien: dans la partie centrale, cette toiture est camouflée par un fronton triangulaire.

La façade néoclassique du Palais universitaire devenu musée des Beaux Arts. Photo Wikipedia.

Ce bâtiment de style néoclassique est dû à l’architecte  Vincent Boullé qui dirigea sa construction de 1846 à 1855. Il était destiné à accueillir en un lieu unique les établissements d’enseignement supérieur dispersés dans la ville de Rennes  et non pas un musée. Martenot acheva ce Palais universitaire  entre 1856 et 1888 en  aménageant un amphithéâtre pour l’enseignement du droit puis une salle de conférence pour les lettres.  Mais dès sa mise en service, on réserva quelques salles pour conserver et exposer les collections du musée de Rennes.  

       

Non, ce n'est pas un ovni qui a traversé la verrière réalisée par l'architecte Martenot mais la sculpture en néon "Néonly" de François Morellet qui s'est invitée par reflet dans le cadre très italien du patio du musée. Photo Amebb.

Ces collections existaient depuis les années 1792/1794, à la suite de la nationalisation  des biens  religieux et des biens des émigrés, comme le célèbre cabinet de curiosités de Christophe-Paul de Robien.       

Descente de croix de Rubens (plume et lavis) provenant de la collection de Robien confisquée en 1792 en raison de l'émigration de fils du magistrat-collectionneur, Paul-Christophe de Robien.Photo musée des Beaux Arts de Rennes.

 Sous le Consulat et l’Empire, ces collections sont enrichies par des envois de l’État, provenant en partie de… prises de guerre.       

Marteen Van Heemskerk (1498-1514). Saint Luc peignant la Vierge. Envoi de l'État en 1803 : ce tableau provient de prises de guerre. Il était au centre d'une très intéressante exposition temporaire "Heemskerk et l'humanisme" d'octobre 2010 à janvier 2011. Au début des années 1990, le musée des Beaux Arts s'était placé à la pointe de l'innovation en réalisant un cédérom qui permettait une lecture interactive de cette oeuvre. Photo musée des Beaux Arts de Rennes.

        

En 1805, ces biens culturels sont confiés à la municipalité de Rennes  qui  s’est retrouvée avec  un problème : où loger ces collections ? Cinq sites vont être utilisés successivement. D’abord le couvent des Carmélites, près de l’actuelle place Hoche, puis l’ancien évêché, place saint Melaine, ensuite l’Hôtel de ville lui-même, enfin l’actuelle église Toussaints  avant de se nicher dans une petite partie du Palais universitaire.  

Rennes au 19e siècle : les cinq sites du musée

   Plan établi d’après le site Internet Archividéo / InterAtlas  « De Condate à Rennes »     

       

L’évolution de l’enseignement supérieur fit que les différents enseignements quittèrent par étape ces  locaux  devenus  trop étroits pour eux.  Le musée, d’abord invité, devint seul maître des lieux en 1911.      

Dès 1913, le musée réserve deux salles à l’ethnographie bretonne : c’est le point de départ du musée de Bretagne qui a son tour se développe  entre les deux guerres  sous la direction de Paul Banéat.  

       

On avait craint pour la sécurité des œuvres d’art lors de la cohabitation avec les laboratoires de chimie…  Ce fut le voisinage du pont Pasteur qui fut fatal pour le musée. Avant de quitter Rennes, l’armée nazie avait reçu l’ordre de miner les ponts. Le bâtiment  de Boullé et Martenot fut sérieusement endommagé et une bonne partie des sculptures que l’on n’avait pas pu déménager furent détruites. On ne put rouvrir le musée au public qu’en 1957 mais la restauration du bâtiment, pensé cette fois en tant que musée, permit à Marie Berhaut(conservatrice de 1949 à 1964) de revoir complètement  la présentation des collections et de les ouvrir à la modernité.  

       

Le musée de Bretagne, devenu autonome en 1976, continuait à prendre de l’ampleur sous la direction de Jean-Yves Veillard (conservateur de 1967 à 2000). L’exposition permanente occupait tout le rez-de-chaussée, le musée des Beaux Arts disposant du premier étage. Les deux musées manquaient d’espace en particulier pour les expositions temporaires. Le transfert du musée de Bretagne aux Champs Libres en 2005 permit au musée des Beaux Arts de doubler sa surface. On entreprit alors de restructurer l’exposition permanente et de rénover les salles.  

       

Aperçu d'une des salles rénovées : "Le Nouveau-Né" de La Tour, œuvre emblématique du musée des Beaux Arts de Rennes, bénéficie d'un environnement élégant et aéré. Cette oeuvre provient de confiscations révolutionnaires et fait donc partie du fonds d'origine. Photo Amebb.

Le résultat, nous le découvrirons sous la conduite de Sylvie Blottière qui fut à la fois témoin et actrice de ces transformations.       

Christian Briec, membre du bureau de l’AMEBB       

 

Notre visite au Conseil régional de Bretagne

Mardi 15  février, nous étions comme prévu une trentaine d’Amis du musée de Bretagne à nous rendre au 9 rue Martenot, là où se réunissent nos élus régionaux.  Nous sommes accueillis chaleureusement par  la responsable des visites qui nous présente les locaux du Conseil régional dans le hall de réception, à proximité du mur d’eau de Marta Pan et devant un superbe bas relief en céramique datant des années 1950, réalisé par l’artiste quimpérois Pierre Toulhouat qui évoque la Bretagne traditionnelle et la modernisation qui commençait à la transformer.

 

Puis nous nous installons dans la salle René Pléven, à la place même des conseillers régionaux pour suivre un exposé précis et pasionnant sur l’organisation, les comptétences et le fonctionnement de l’assemblée régionale.

L’oratrice ne manque pas d’humour et malgré le sujet a-priori austère, personne ne semble s’ennuyer. Au fil du discours nous découvrons des problèmes ou des solutions que nous ne soupçonnions pas : l’eau par exemple n’est pas dans les compétences de la région mais pourrait l’être sur décision du Parlement. Des démarches ont été faites dans ce sens mais pour l’instant sans résultat. Autre découverte : tous les Bretons, en Bretagne ou ailleurs, peuvent suivre en direct les débats sur le site Internet du Conseil régional. Les autres aussi : on ne vous demande pas votre identité quand vous vous connectez !

Parmi les nombreuses questions posées par les visiteurs, nous posons celle du manque de visibilité architecturale du siège de l’Assemblée plénière. Le Conseil régional est conscient de ce problème. Il a envisagé la construction d’un bâtiment regroupant tous les services dans le secteur de la Courrouze ; le terrain avait même été réservé.  Les incertitudes actuelles sur l’avenir des assemblées territoriales et le contexte économique ont provoqué la mise en sommeil de ce projet.

Quant au choix de l’hôtel de Courcy, il résulte d’une opportunité exceptionnelle : lors de la mise en place de la loi Defferre, l’État a cédé pour 1 franc symbolique cet élégant bâtiment. À ce prix, la nouvelle assemblée pouvait difficilement faire la fine bouche… Et désormais, tous les citoyens qui le désirent peuvent visiter gratuitement ce bien régional lors de la journée du patrimoine. Qu’on se le dise !

Christian Briec, membre du bureau de l’AMEBB

Si vous souhaitez plus d’informations sur l’AMEBB, consultez la page devenir ami du musée sur le site Internet du musée de Bretagne.