Cachez-moi ce tiroir que je ne veux plus voir…

medium_3985839229Dernièrement, je discutais avec d’autres animateurs sur l’un de nos thèmes d’ateliers, phare et récurrent, celui du classement des fichiers et dossiers.
La notion de répertoire et d’arborescence, si je ne m’abuse, est au moins aussi vieille que mes connaissance informatiques, qui remontent à l’Amstrad et ses commandes en BASIC.

Avec les nouvelles « UI », et en prétextant leur nécessité par l’arrivée de nouveaux terminaux (tablettes et autres joyeusetés), cette fonctionnalité de base est de moins en moins visible pour l’utilisateur, dont les photos, vidéos, documents, se lancent dans des APPS, se classent toutes seules par date et comme par magie, rendant plus saillante encore la question existentielle : « mais OU sont mes fichiers? ».

Mais qui a décrété que l’usager ne voulait plus voir ses tiroirs débordant de fichiers mal rangés, mal nommés?

As-t’on besoin de l’infantiliser en lui promettant qu’il n’a plus besoin de s’occuper de ranger ses affaires, que la machine le fera pour lui?

Si seulement la promesse était tenue.

Prenons l’exemple de Michel, un exemple qui me montre à quel point la machine s’amuse à faire écran.

« J’ai classé mes photos, mais l’ordinateur ne prend pas mon rangement en compte! », se plaint Michel.

Il lance son ordinateur, puis lance Picasa. En fait, il n’a pas classé ses photos, Picasa l’a fait pour lui, en détectant les prises de vue et en rangeant tout ça par date. Il aurait aussi pu tagguer ses photos par nom, pourquoi pas, histoire de lui faire perdre encore plus de temps.

Michel lance son navigateur, se rend sur son webmail. Au moment ou il veut joindre son fichier, PAF! L’explorateur se lance, montrant un dossier mes images avec toutes les photos en désordre.

J’essaye d’expliquer à Michel que le rangement dans Picasa n’impacte pas le rangement réel des fichiers. Croyez-vous que ça l’ai consolé? Non.
Alors il lance la galerie photo windows, et me retorque « mais là aussi elles sont bien rangées!! ».

J’essaye de rattraper le coup, en disant que l’explorateur aussi sait classer maintenant automatiquement les prises de vue, qu’il y a le champ de recherche… mais, quelques instants après, Michel sort sa clef USB et essaye de mettre ses photos dessus. Avec l’explorateur configuré comme ça, il a bien du mal a comprendre et à déplacer les quelques photos qu’il veut vers sa clef.

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A chaque manipulation de base, je me rend compte à quel point Picasa, l’explorateur, la galerie Windows rajoutent des bâtons dans les roues de Michel, dans son apprentissage des notions principales.

Alors que leur fonctionnement apparait novateur, facile, ergonomique, ces logiciels se heurtent – comme toute chose nouvelle – au beta-testeur. Le vrai, celui qui ne sait pas faire.

Même quelqu’un d’avancé en informatique pourra se poser la question: est-ce que c’est vraiment utile? Est-ce que je n’arrivais pas à travailler avec la notion des répertoires?

Elles ne font pas seulement écran en cachant la réalité du rangement, elles provoquent un désarroi, quand, inconsciemment, l’habitude des répertoires est attendue par l’utilisateur.
30 ans d’habitudes en informatique grand public, ça a laissé des traces. J’y reviendrai dans un autre article.

L’enfer est pavé de bonnes intentions, dis t-on. En créant des machines, ne faisons pas l’erreur qu’en faisant tout à notre place, elles nous rendent forcément service. A quoi sert une machine si Michel ne comprend pas ce qu’elle fait – et ne comprend pas comment lui donner des ordres?

Alors, non, ne cachons plus les dossiers. C’est une notion de base, elle doit être maîtrisée, et ensuite, seulement, les tris automatiques pourront faciliter le classement.

photo credit: BLW Photography via photopin cc

Dieu issu de la machine

Le terme Deus Ex Machina est utilisé depuis nos anciens pour décrire le mécanisme théâtral permettant de produire un dénouement inattendu – et donc souvent sous la forme du divin – dans une situation désespérée.

La machinerie théâtrale à l’œuvre, faisant apparaitre un dieu tout puissant et bienveillant, voilà ce qu’est le Deus Ex Machina.

En traduisant « Dieu issu de la machine », j’y vois aujourd’hui un moyen poétique d’illustrer ce que peut ressentir un homme en passe de devenir Homo Numericus.

L’émerveillement – et l’angoisse! – de voir l’objet technologique prendre tant de place, c’est un peu ce que nous ressentons lors qu’avec énervement ou amusement, nous déclarons « Bah, l’informatique, ça marche quand ça veut, c’est magique! »