Métamorphose d’une mélodie

Socalled

Métamorphose d’une mélodie

Le sixième jour de ce mois de juin 2014 sera marqué par le 70e anniversaire du débarquement de Normandie, qui a permit aux forces alliées d’ouvrir un nouveau front en Europe, face aux troupes allemandes. Appelé Jour J, D-Day en anglais, cette date marquante de l’histoire mondiale sera célébrée par des cérémonies officielles, mais aussi désignée par les médias type presse, puis télévisuelles ou radiophoniques par de nombreux clins d’oeil (dossier spéciaux, rapport des visites de représentants politiques, reportages…). Une multitude d’évocations à la Seconde Guerre Mondiale…Un documentaire traitant de la question juive mérite cependant une attention toute particulière. Diffusé sur la chaîne Tout l’histoire le 20 févier 2014 il se nomme Métamorphose d’une mélodie (France, 2013). Réalisé par Claire Judrin et Fabrice Vacher, il présente l’exploration de la culture juive par Muriel Hirschmann, psychologue et chanteuse, à partir d’enregistrements vocaux en Yiddish de sa propre grand-mère.

C’est le musicien Socalled, disc jockey québécois et initiateur de l’intéressant concept de « hip hop Yiddish », qui va l’assister dans cette redécouverte des chants de sa grand-mère, mais aussi d’une langue juive, patrimoine d’une communauté bafouée qui peine à retrouver son identité. Le Yiddish n’est plus enseigné que par transmissionfamiliale et encore, nombre de juifs l’ont associé à un signe distinctif de leur communauté à dissimiler. On ne trouve plus que quelques bribes de Yiddish. Le chanteur Socalled déplore dans le documentaire : « lorsque j’ai retrouvé des vinyls de grands chanteurs de Yiddish, je ne connaissais pas leurs noms, et je ne comprenais pas pourquoi on ne m’en avait jamais parlé… ». Car le chant Yiddish reste un style musical, et il a ses maîtres. Ce n’est donc pas qu’une entreprise de réappropriation (et de métamorphose) d’une mélodie ancienne, mais aussi une interrogation des notions d’intégration et d’identité. Par des descendants juifs, des passionnés et des universitaires. La question de la transmission est également posée. Comment en effet structurer son identité culturelle, et une image reconnaissable, lorsqu’une génération est privée d’une langue, par exemple ? Ou lorsque ses signes distinctifs ont été désignés comme « inutiles » ou « dangereux » à transmettre. Les descendants déplorent en effet un manque d’information. Une lacune partiellement comblée par ce film documentaire, où l’on apprend entre autres l’existence d’un théâtre Yiddish, ou la particularité fascinante des chants Yiddish, dont Socalled soulève le potentiel « funky ». Car le Yiddish a fait beaucoup, certains juifs l’ont même désigné comme représentant de la judaïcité. Mais le Yiddish, c’est quoi ? C’est ce à quoi ce documentaire propose des réponses didactiques et plurielles.

Léa Petitdidier, 01 mai 2014

Festival Bain de Blues

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Festival Bain de Blues

Jamais vraiment absent des compositions de jazz, à l’origine du rythme des morceaux rock, base stylistique de la « funk » entre autres, le blues invoque un climat de tristesse, mais l’humour en est vivace. S’il ne prend sa véritable dimension que par l’incroyable vitalité qui émane des interprétations, il est naturel de le faire vivre sur scène. Un festival de blues n’est pas une fausse idée, surtout lorsqu’il s’agit de raviver la flamme de ce genre musical. A Bain de Bretagne, des organisateurs consciencieux font vivre le festival « Bain de blues » depuis 2007. Deux amis sont à l’origine du projet, qui fait honneur à une musique provenant entre autres des chants de travail des populations afro-américaine, mais aussi français, polonais, écossais, irlandais ou indiens Cherokee, qui se serraient les coudes dans des situations pénibles. Comme pour les Transmusicales (festival musical rennais et annuel), il y a un « off ». Il prend la forme de concerts dans des bars : les Bars n’ blues, qui se tiennent l’après-midi avant le Live du soir.

Des concerts qui sont aussi beaux que variés. Du blues authentique, on en vient au blues moderne et dynamique. Et comme le genre de blues diffère d’une région à l’autre des États-Unis, plusieurs sont représentés.

Ce qui se passe sur scène se produit également dans le public. On croise des enfants, ados, habitués du festival, nouveaux venus…Ayant de quoi se nourrir entre les concerts, les festivaliers peuvent facilement apprécier le climat chaleureux qui émane de l’ambiance générale. Normal, le blues est aussi la veine profane du gospel.

Les femmes sont un des centres d’intérêts premiers des paroles. On les racontent, dans leur essence divine, leurs refus, leur capacité à transcender les hommes. « J’ai appris plus en deux semaines avec toi qu’en vingt ans de blues » (B.B King). C’est le titre d’un des morceaux interprétés lors de la session 2014. Certes, les hommes apprennent beaucoup au contact des femmes, mais on ne parle pas du blues !

Léa Petitdidier, 30 avril 2014

Fortunio

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Générale de Fortunio de Messager, le jeudi 30 janvier 2014

La générale de Fortunio (répétition en public, destinée à mettre au point les derniers détails avant le lancement de l’opéra), mis en scène par Emmanuelle Cordoliani et dirigé musicalement par Claude Schnitzler, commence. Malgré le fait qu’on s’est assis dans la salle pour voir et surtout écouter une reprise d’un opéra-comique signé André Messager, on se croit un instant devant la comédie musicale West Side Story. Plusieurs comparses disputent en chantant une partie de pétanque. Les t-shirts, dont un qui porte le signe des Rolling Stones, nous renvoient bien aux années soixante. En parcourant la note d’intention, le titre apparaît. « Peut-être vaut-il mieux comparer Messager non pas à l’un de ses contemporains mais à un musicien plus proche dans le temps : Leonard Bernstein […] signataire du chef-d’œuvre de la comédie musicale, West Side Story ». Et il faut dire que tout y est, les jeunes, les plus âgés, le romantisme, l’anticonformisme…

L’histoire met en scène quatre personnages en particulier : Jacqueline, une belle jeune femme, son époux Maître André qui est notaire, Clavaroche le nouveau capitaine de régiment, et Fortunio l’apprenti notaire, un romantique et qui nourrit de nobles aspirations amoureuses. Le ton est immédiatement donné : nous aurons affaire à un vaudeville d’un genre particulier. Le charme de Jacqueline se pose comme une évidence, si bien que Clavaroche comme Fortunio y succombent. Si Jacqueline, mariée trop jeune, cède aux avances peu subtiles de Clavaroche, il sera ensuite question de cacher la nouvelle occupation de ce dernier à Maître André, et échapper à l’adultère. Fortunio est alors désigné comme « chandelier ». Il sera celui qui brouille les pistes menant à Clavaroche, en étant celui dont Jacqueline accepte ouvertement les mots doux.

Mais Jacqueline succombera finalement au charme délicat de Fortunio, détrônant ainsi Clavaroche de son statut d’amant unique. Car n’est pas amoureux idéaliste qui veut. Ce n’est qu’après avoir supporté le retour de flamme du premier amant abusé, que Jacqueline et Fortunio pourront vivre leur amour en toute quiétude. Voilà ce que ce vaudeville, avec l’absence de moralité, à de particulier aux premiers abords : ce n’est pas le mari qui sera l’opposant le plus coriace de l’idylle sincère entre les deux jeune gens, mais bien l’amant, heurté dans sa fierté. On peut en effet observer la métamorphose opérée par le temps et les différentes adaptations, partants de l’initial Chandelier d’Alfred de Musset (1835). Si dans La chanson de Fortunio par Offenbach (1860), le mouvement romantique est introduit, et se fait la colonne vertébrale du héros présenté comme vieillissant, sa reprise en un opéra de 4 actes et 5 tableaux par André Messager en propose une version nuancée. L’humour n’est toujours pas en reste, et les émotions des personnages-clefs - loin du simple contraste avec les thèmes du mouvement romantique français – font ressortir les couleurs variées et parfois contradictoires qui composent le tempérament humain.

Autant de signes qui rendent pertinent le présent de l’action qui se déroule sous nos yeux. Car plus que la sempiternelle opposition générationnelle, c’est toute une culture de la subversion qui paraît. Les années soixante rendent possible cet affrontement explicite de la normalité : adultère, échange d’amants… Autant que le respect de l’ancienne tradition du romantisme, les personnages affirment leur intérêt pour les émotions si clairement que cela en devient une lutte.Contre le mercantilisme, contre la bourgeoisie, contre la recherche de reconnaissance par le travail… On découvre avec joie que la fameuse scène de l’amant caché dans la chambre de la belle se mue en un exercice d’ombre chinoise. L’armoire est reléguée, et l’on voit Fortunio attendre impatiemment sous les traits d’une source de lumière masquée par un obstacle. Il tient la flamme de son amour sous la forme d’une bougie. Ce bellâtre doué de sentiments amoureux aurait pu avoir, comme il était de mise dans le temps, les traits d’un blond dont la correspondance aux canons de beauté en vigueur n’aurait d’égal que la douceur de son caractère. Or, on ne trouve pas dans le Fortunio d’Emmanuelle Cordoliani un Gérard Philipe, mais un brun, les cheveux mi-longs, le regard sombre… Il est l’archétype du héros romantique tout en s’en écartant un peu. Sombre, en effet, mais faisant preuve d’une certaine innocence d’âme (qui le fera d’ailleurs tomber dans le stratagème des deux amants). Il se fait le représentant de l’ambivalence qui préside déjà le ton de cet opéra.

Les personnages secondaires, eux, nourrissent ce ton et permettent d’en définir les contours aisément. Leurs costumes, jeu, et manières, prouvent la nature de cette version différente. Plus que des faire-valoir, il prouvent le poids de la société sur le quatuor et en représentent l’épaisseur. A la générale, le jeu des artistes se voulait bien sûr plus démonstratif qu’en répétition, destinée à redéfinir les déplacements, les expressions et la nature des sentiments invoqués. Et quoi de plus important que le jeu des sentiments dans une comédie lyrique ?

En revanche, les sentiments de Messager, qui fut lui même un « chandelier » la ville, sont-ils bien honorés ici ? Certes le texte et le sensible jeu des choristes y est, malheureusement ils ne sont pas clairement et toujours audibles. Le plus remarquable de tous les tableaux étant celui de l’aveu des sentiments entre Jacqueline et Fortunio. La corde sensible vibre, les voix sont douces, presque susurrées, l’identification est en marche mais… peu de ce qu’ils se disent ne passe franchement les limites de la scène. Plus que le livret de Messager, c’est le talent et la ferveur de Claude Schnitzler qui pointent. Au final, lorsque le rideau tombe, on a la forte sensation qu’il se baisse sur les réels lieux de vie des personnes que l’on vient de voir chanter leurs sentiments, et que ces derniers resteront là, dans l’opéra. Nous regagnions nos pénates, exaltés, mais avec un certain mal-être. C’est que le lyrisme de Fortunio décrit aussi « le mal du siècle » de l’époque, et exprime un profond malaise de la part des hommes victimes d’un monde économique, où le vide spirituel côtoie un ennui profond. Et, malgré ses nombreuses transpositions, est-ce vraiment hors de propos de nos jours ?

Léa Petitdidier

 

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